Muffa : un moyen efficace d’autonomisation des femmes en guinée

D epuis son arrivée au pouvoir en 2010, le président Alpha Condé a fait de l’autonomisation des femmes un combat personnel. Dans toutes ces tournées, il a clamé qu’il dédiait l’essentiel de son mandat aux jeunes mais surtout aux femmes de Guinée. Pour concrétiser cette volonté, en collaboration avec des institutions bancaires dont Ecobank, le numéro un guinéen a opté pour les mutuelles financières des femmes africaines ; en abrégé MUFFA.

Pendant le lancement officiel de cette initiative, le Chef de l’Etat avait tenu à rappeler les raisons profondes de ce projet : « Avec la mutuelle financière pour les femmes d’Afrique (MUFFA), je veux révolutionner la vie des Guinéennes. Je puise mon énergie dans le dynamisme de la jeunesse et le courage des dignes femmes de Guinée. Vous êtes au cœur de ma politique de développement. Je suis fier de vous » avait-il déclaré.

Pour les autorités, ce fut une aubaine de rendre effectif, le processus de l’autonomisation de la Guinéenne. En tout cas, c’est cette perception que la directrice nationale en charge de la promotion féminine au Ministère de l’action sociale, de la promotion féminine et de l’enfance, nous a laissé : « Nous voulons que les MUFFA ne soient pas une expérience de trop ou bien, que nous la menions jusqu’à un certain temps et nous l’abandonnions. Aujourd’hui, l’autonomisation des femmes dans tous les domaines est au cœur des priorités stratégiques du gouvernement. Il faut lutter contre la féminisation de la pauvreté. Le meilleur outil qui a été trouvé, pour le moment, c’est la MUFFA. C’est une expérience menée, pas seulement en Guinée, mais aussi dans d’autres pays africains. Nous voulons donc que les MUFFA couvrent l’ensemble du territoire national » a expliqué Hadja Marie Toure.

Une année après l’introduction de cette nouvelle stratégie de l’autonomisation des femmes, Marie Toure affirme que le pays compte 29 agences de MUFFA et plus de 65 mille femmes et groupement de femmes y bénéficient : « De nos jours, le chiffre d’affaires des MUFFA est de soixante-cinq milliard de francs guinéens (65.000.000.000 GNF). Et soixante-cinq mille (65.000) femmes ont accès aux crédits de la MUFFA à travers le pays pour le bon fonctionnement de leurs activités. Notre ambition, c’est de couvrir toute l’étendue du territoire national. 98% des crédits de la MUFFA pris par les femmes sont de nos jours remboursés. Cela permet à d’autres femmes d’avoir accès à ces fonds », a-t-elle précisé.

À Sangoyah, dans la commune de Matoto, nous avons rencontré les membres d’un groupement de femmes spécialisés dans la saponification, qui ont bénéficié des crédits MUFFA. Pour leur présidente, les MUFFA ont permis aujourd’hui à son groupement Langnifan de réaliser des bénéfices spectaculaires : « Avant, on rencontrait assez de difficultés pour le financement de nos activités ; mais de nos jours, grâce aux crédits MUFFA que le gouvernement nous accorde, notre groupement a connu une avancée significative. Aujourd’hui, nous fabriquons beaucoup de savons qui sont vendus dans le marché guinéen de manière rapide. Et cela, nous permet d’accumuler beaucoup de bénéfices afin de subvenir à nos besoins et à ceux de nos familles respectives. Donc, grâce aux MUFFA, l’autonomisation de notre groupement est en marche » s’est réjoui Hadja M’bembé Bangoura, sourire aux lèvres.

Du côté des femmes de Boulbinet, réunies dans un groupement de peinture, c’est le même son de cloche : « Ce sont les crédits MUFFA qui ont propulsé notre groupement aujourd’hui. Nous faisons des pagnes qui sont même vendus aujourd’hui, hors de la Guinée. Nous remercions donc le président Alpha Condé pour ce projet pour nous les femmes » a affirmé Binta Bah, une des membres.

Par ailleurs, nous avons remarqué que ce ne sont pas toutes les femmes qui bénéficient ou qui souhaitent bénéficier des avantages des MUFFA. Certaines ont réussi, de manière nettement indépendante, à se construire une réputation de femmes d’affaires. C’est le cas d’une dame que nous avons rencontré dans le quartier Dixinn, en l’occurrence Antou, coiffeuse de son état. Après quelques années de durs labeurs, elle a réussi à s’offrir deux salons de coiffure avec plusieurs stagiaires : « Moi, je n’ai pas besoin des crédits MUFFA pour faire bouger mes activités. Puisque, quand tu prends les crédits et que tu n’arrives pas à les rembourser ; ça devient compliquer pour toi. Donc, moi je fais fonctionner mes deux salons de coiffure avec ce que je gagne avec mes clientes, qui font assez de gestes pour nous car, mes élèves et moi, faisons bien notre travail. Aujourd’hui, j’ai une voiture et j’ai acheté un terrain vers Kagbelen donc, je dis Dieu merci et j’invite mes amies à faire comme moi parce que, le premier mari d’une femme, c’est son métier » a-t-elle témoigné.

A ce jour, l’apport des mutuelles financières des femmes africaines MUFFA, reste inestimable pour l’autonomisation des guinéennes. Toutefois, au regard des défis et enjeux du pays, des efforts considérables restent à fournir surtout quand on sait que maintes guinéennes éprouvent des difficultés notoires à souscrire à des prêts bancaires ; cela sans doute, en raison des pesanteurs sociales.

Elma Camara

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